A Djakarta, Asie et Afrique prônent un nouvel ordre mondial

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par Eveline Danubrata et Charlotte Greenfield DJAKARTA, 22 avril (Reuters) - Des dirigeants d'Asie et d'Afrique ont appelé mercredi à un nouvel ordre mondial ouvert aux économies des pays émergents et qui en finisse avec les "idées dépassées" des institutions héritées de Bretton Woods. Ils ont lancé cet appel à l'ouverture du sommet de Djakarta, qui se tient à l'occasion du 60e anniversaire de la conférence de Bandung (avril 1955), laquelle avait réuni les dirigeants de 29 pays décolonisés d'Asie et d'Afrique et préfiguré le mouvement des non-alignés. Parmi les dirigeants présents à Djakarta se trouvent le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, et le numéro un chinois, Xi Jinping, qui devraient se rencontrer en marge de la conférence, dernier signe en date du dégel des relations entre les deux plus importantes économies d'Asie ID:nL5N0XJ0JV . Le président indonésien, Joko Widodo, hôte du sommet Asie-Afrique, a estimé que ceux qui insistaient pour que les problèmes économiques de la planète ne soient réglés que via la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque asiatique de développement (Bad) s'accrochaient à des "idées dépassées". "Le changement s'impose", a-t-il estimé. "Il est impératif de bâtir un nouvel ordre économique mondial qui soit ouvert aux nouvelles puissances économiques émergentes". Le FMI et la Banque mondiale sont au coeur de l'ordre monétaire mis en place par les Etats-Unis et l'Europe à la conférence de Bretton Woods en 1944. PROJET DE NOUVELLE BANQUE ASIATIQUE Widodo n'a pas fait d'allusion à la Banque asiatique d'infrastructure et d'investissement (BAII), projet promu par la Chine et qui se pose en concurrente de la Banque mondiale, dominée par l'Occident, et de la Bad. L'Indonésie compte néanmoins parmi les quelque 60 pays qui ont proposé d'en être les membres fondateurs. Etats-Unis et Japon n'ont pas apporté leur soutien au projet de BAII, considéré comme une menace pour les efforts de Washington d'étendre son influence dans la région Asie-Pacifique et de rivaliser avec la puissance financière de la Chine. Le président zimbabwéen, Robert Mugabe, a déclaré devant les dirigeants du sommet que les pays d'Asie et d'Afrique "ne doivent plus être cantonnés dans le rôle d'exportateurs de produits de base et d'importateurs de produits finis". Cela, c'est "un rôle qui nous a été historiquement assigné par les puissances coloniales, dès l'époque coloniale", a-t-il souligné. L'Indonésie avait adressé des invitations aux chefs d'Etat et de gouvernement de 109 pays d'Asie et d'Afrique, mais selon un responsable au fait de l'organisation du sommet, 21 dirigeants seulement ont répondu présents. En 1955, les pays décolonisés d'Asie et d'Afrique qui participaient à la conférence de Bandung représentaient moins d'un quart de la production économique mondiale. Aujourd'hui, ils en représentent plus de la moitié. Et certains des pays présents en 1955 à Bandung, comme la Chine et l'Inde, font partie aujourd'hui du G20 et exercent un pouvoir économique de taille. (Eric Faye pour le service français, édité par Marc Angrand)

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