A Davos, les patrons se préparent à l'ère de la robotique

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    * Avènement de la "quatrième révolution industrielle" 
    * Les nouvelles technologies menacent emplois et entreprises 
    * Les inégalités entre riches et pauvres pourraient se 
creuser 
 
    par Ben Hirschler 
    DAVOS, Suisse, 21 janvier (Reuters) - Un implant de 
téléphone mobile, des organes imprimés en 3D, des vêtements 
intelligents ou des lunettes de vue connectées à internet. Cela 
peut sembler de la science-fiction aujourd'hui, mais ce sera une 
réalité d'ici 2025, à en croire les dirigeants d'entreprises 
réunis à Davos, en Suisse, pour le Forum économique mondial.  
    Pour y parvenir ces derniers misent sur les progrès 
effectués dans la robotique, l'intelligence artificielle et la 
génétique. 
    Près de la moitié des dirigeants interrogés s'attendent même 
à ce qu'une machine dotée d'une intelligence artificielle siège 
au conseil d'administration d'ici la prochaine décennie. Ce sera 
alors la "quatrième révolution industrielle", principal thème de 
l'édition 2016 du Forum de Davos.  
    Cette nouvelle étape est censée apporter un cycle plus 
rapide d'innovation, ce qui constituera un immense défi pour les 
entreprises, les salariés, les Etats, voire la société toute 
entière.  
    La "quatrième révolution industrielle" promet des biens et 
des services bon marché, soutenus par une nouvelle vague de 
croissance économique. Mais cela risque aussi de provoquer un 
chômage de masse et d'accentuer les tensions entre les 
entreprises et les salariés.  
    "La quatrième révolution industrielle va créer un excédent 
économique", prédit Satya Nadella, directeur général de 
Microsoft  MSFT.O . 
    "La question est de savoir si cet excédent sera uniformément 
réparti entre les pays, entre les populations dans les 
différentes strates économiques et également dans les 
différentes parties de l'économie", ajoute-il.  
     
    LE ROBOT HUBO, STAR À DAVOS 
    Les robots sont déjà sur Mars, se déplacent des usines vers 
les foyers, les hôpitaux, les magasins, les restaurants et même 
les zones de guerre, alors que les progrès dans des domaines 
comme les réseaux de neurones artificiels commencent à brouiller 
les frontières entre l'homme et la machine. 
    La principale attraction à Davos cette année n'est pas un 
banquier central ou un homme politique mais le robot humanoïde 
sud-coréen HUBO, vainqueur en 2015 du DARPA Robotics Challenge, 
qui "fait son show" au milieu des délégations réunies en Suisse. 
    Ces nouvelles technologies suscitent cependant de profondes 
inquiétudes. 
    Une nouvelle étude de la banque suisse UBS, rendue publique 
à Davos, prédit que l'extrême niveau d'automatisation et de 
connectivité va se traduire par une accentuation des inégalités, 
en creusant le fossé entre pays riches et nations en 
développement.    
    "La quatrième révolution industrielle a le potentiel 
d'inverser l'avantage concurrentiel que les marchés émergents 
ont en termes de faibles coûts de la main d'oeuvre", souligne 
Lutfey Siddiqi, responsable des marchés émergents chez UBS.  
    "Cela est probable, je pense que si aucune mesure politique 
n'est prise, cela va exacerber les inégalités", prévient-il.     
    Une étude d'UBS sur les grandes économies mondiales montre 
que la Suisse est le pays le mieux placé pour s'adapter à cette 
nouvelle ère de la robotique, tandis que l'Argentine ferme la 
marche.  
 
    GAGNANTS ET PERDANTS 
    Au sein des entreprises, il y aura également des gagnants et 
des perdants, avec de nouveaux acteurs entrant sur des secteurs 
établis grâce à des techonologies de rupture. 
    La directrice générale de General Motors, Mary Barra, voit 
par exemple dans l'avènement des voitures autonomes -- un vieux 
fantasme devenu réalité -- une menace potentielle pour 
l'industrie automobile.  
    Le patron de la banque JPMorgan Chase  JPM.N , Jamie Dimon, 
de son côté doit faire face à la concurrence des starts-up de la 
"fintech", la haute technologie appliquée à la finance. 
    De telles innovations ajoutées à l'avènement des robots à la 
fois dans les secteurs de l'industrie et des services pourraient 
accélérer l'automatisation d'un grand nombre d'emplois. 
    En 2013, des chercheurs de l'université d'Oxford avaient 
prédit que 47% des emplois aux Etats-Unis seraient menacés par 
ce phénomène.  
    Certes la peur de la technologie qui détruit les emplois 
n'est pas nouvelle. L'économiste John Maynard Keynes criait déjà 
au loup en 1931 en lançant un avertissement sur le "chômage 
technologique" généralisé. 
    La question est de savoir si cela sera différent cette fois, 
au regard de la vitesse du changement et du fait que les 
machines sont à présent dotées aussi bien d'intelligence que de 
muscles. Ce nouvel atout constitue désormais une menace pour des 
professions vues auparavant comme intouchables, telles que le 
journalisme ou l'analyse financière de base. 
    Pour certains experts, les plus exposés pourraient être les 
classes moyennes, le Forum économique mondial prévoyant lui-même 
que plus de cinq millions d'emplois pourraient être supprimés 
dans les quinze grandes économies d'ici 2020.   
    Le directeur général de ManpowerGroup  MAN.N  tempère 
toutefois cette vague de pessimisme, expliquant qu'à long terme 
il y aura davantage d'emplois créés que détruits.    
 
 (Avec Noah Barkin et Martinne Geller; Claude Chendjou pour le 
service français, édité par Wilfrid Exbrayat) 
 

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