A Chypre, manifestations et démission après le sauvetage

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LES CHYPRIOTES MANIFESTENT CONTRE LE PLAN DE SAUVETAGE
LES CHYPRIOTES MANIFESTENT CONTRE LE PLAN DE SAUVETAGE

par Michele Kambas et Costas Pitas

NICOSIE (Reuters) - Le président de la première banque de Chypre a remis sa démission mardi et plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Nicosie, où les banques sont restées fermées pour le 11e jour consécutif au lendemain d'un plan de sauvetage qui s'annonce douloureux.

Les agences bancaires ne rouvriront que jeudi à Chypre et toutes les transactions financières resteront ensuite strictement encadrées pour empêcher une fuite des capitaux.

Selon une estimation de Reuters, quelque 3.000 lycéens et étudiants ont défilé devant le parlement, première manifestation de la colère populaire depuis l'accord conclu lundi matin à Bruxelles, qui doit sauver le système bancaire chypriote mais implique sans doute des années d'austérité.

Le président de Bank of Cyprus, Andreas Artemis, a quant à lui remis sa démission, a-t-on appris d'une source au sein de la banque.

"Il a envoyé ce matin une lettre de démission qui va être étudiée en conseil d'administration cet après-midi", a précisé la source, qui a requis l'anonymat.

Un administrateur judiciaire, Dinos Christofides, a déclaré à Reuters avoir été désigné dans la nuit par la banque centrale pour superviser "la restructuration de la banque et l'absorption d'une partie de Cyprus Popular Bank".

LES FLUX DE CAPITAUX ENCADRÉS

L'accord conclu par Nicosie avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) prévoit la fermeture définitive de Cyprus Popular Bank", avec à la clé une lourde taxation des dépôts non garantis, c'est-à-dire supérieurs à 100.000 euros, pour payer les dettes et renforcer les fonds propres.

Les comptes inférieurs à 100.000 euros doivent être transférés à Bank of Cyprus.

Le ministre des Finances Michael Sarris a déclaré mardi que les plus gros clients des banques pourraient perdre environ 40% de leurs dépôts.

Le président chypriote Nicos Anastasiades a reconnu lundi soir que l'accord était "douloureux" mais a assuré qu'il s'agissait du meilleur compromis possible étant donné les circonstances.

Les conditions exactes de l'encadrement des mouvements de capitaux -"très temporaire" selon Nicos Anastasiades- ne sont pas encore clairement définies.

Michael Sarris a estimé que la durée de l'encadrement des flux financiers était "une affaire de semaines".

De tels contrôles vont à l'encontre du principe de libre circulation en vigueur dans l'Union européenne, mais cette entorse est jugée nécessaire pour éviter un mouvement de panique et une ruée vers les guichets bancaires qui ajouterait encore aux difficultés du pays.

DIJSSELBLOEM CRITIQUÉ PAR LA BCE

Les Bourses européennes étaient en légère hausse mardi en début d'après-midi et l'euro se stabilisait autour de 1,2860 dollar. A 14h00 GMT, l'indice EuroStoxx 50 était pratiquement inchangé, tandis que la Bourse de Paris gagnait 0,5 et celle de Francfort 0,17%. Wall Street a pour sa part débuté dans le vert.

D'abord soulagés par l'accord de Bruxelles, les marchés avaient mal réagi lundi après-midi aux déclarations de Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe, laissant entendre que le mécanisme de "bail in" appliqué à Chypre, qui consiste à faire payer le sauvetage des banques par leurs actionnaires, leurs créanciers et leurs dépositaires, pourrait servir de référence pour d'autres pays.

Jeroen Dijsselbloem a ensuite souligné que le cas de Chypre était "spécifique", nuançant une prise de position qui lui valait des critiques explicites mardi.

"Je pense que M. Dijsselbloem a eu tort de dire ce qu'il a dit", a ainsi déclaré Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne, sur Europe 1.

"L'expérience de Chypre n'est pas un modèle pour le reste de la zone euro (...) Aucun pays ne présente la même concentration de problème que Chypre."

Les dépôts dans les banques chypriotes représentent environ 68 milliards d'euros -pour une population de 860.000 habitants-, dont 38 milliards sur des comptes dont le solde dépasse 100.000 euros.

Avec Yann Le Guernigou à Paris, Marc Angrand pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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