A Charleston, Obama chante "Amazing Grace" en hommage aux victimes

le , mis à jour à 07:29
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par Roberta Rampton et David Adams CHARLESTON, Caroline du Sud, 27 juin (Reuters) - Le président américain Barack Obama, qui prononçait vendredi l'éloge funèbre du pasteur noir Clementa Pinckney, tué avec huit autres paroissiens noirs le 17 juin dernier à Charleston, a entonné a capella l'hymne chrétien "Amazing Grace" avant d'entraîner à sa suite plusieurs milliers de personnes. Dans un discours qui pourrait être l'un des plus mémorables de ses deux mandats à la Maison blanche, le premier président noir de l'Histoire des Etats-Unis a appelé ses compatriotes à en finir avec les symboles de l'oppression et du racisme. Lui qui avait déjà tenté en vain d'imposer une réforme de la législation sur les ventes d'armes après la fusillade de l'école Sandy Hook de Newtown, dans le Connecticut (26 morts dont 20 enfants en décembre 2012) a aussi regretté que les Américains restent aveugles à la violence des armes à feu et au "carnage" qu'elles provoquent. Mais c'est en évoquant la dimension raciale de la tragédie du 17 juin qu'Obama, longtemps réticent à évoquer ces questions, a fait vibrer l'assistance. La tuerie de la semaine dernière a suscité un intense débat national sur l'héritage de l'esclavagisme et ses symboles, à commencer par le drapeau confédéré qui flotte sur beaucoup de bâtiments officiels du Sud américain. Sur des photos mises en ligne sur internet, Dylann Roof, le jeune Blanc de 21 ans qui a ouvert le feu sur les paroissiens réunis dans l'Emanuel African Methodist Episcopal Church de Charleston, pose avec ce symbole renvoyant à la guerre de Sécession et à l'abolition de l'esclavagisme. Ce drapeau, a dit Obama, est "un rappel de l'oppression systématique et de l'asservissement racial". "Trop longtemps nous avons été aveugles devant la souffrance que le drapeau confédéré a suscité auprès de trop nombreux de nos compatriotes", a-t-il poursuivi. "En descendant ce drapeau, nous exprimons la volonté de Dieu." "RÉVÉREND OBAMA" Barack Obama, venu à Charleston accompagné de son épouse Michelle et de son vice-président Joe Biden, a alors entonné "Amazing Grace", un chant écrit au XVIIIe siècle par un ancien trafiquant d'esclaves converti au christianisme et devenu partisan de l'abolition. L'hymne est devenu par la suite un symbole de la lutte contre la ségrégation. D'abord seul à chanter à la tribune, Obama a été rejoint par les ministres du culte qui se trouvaient derrière lui puis, alors qu'un organiste se mettait à l'accompagner, par les quelque 5.500 personnes qui étaient présentes pour la cérémonie. Obama a ensuite nommé un par un les neuf victimes de la tuerie, les faisant acclamer par la foule. Et il semblait alors davantage prononcer un sermon qu'un discours politique. "C'était un discours puissant, vraiment puissant. On aurait dit le révérend Obama", a commenté David Rivers, un professeur présent dans l'assistance. Un peu plus loin, Andrew Smith, trésorier du Comté de Charleston, avait du mal à se remettre: "Je suis un fervent républicain, mais j'ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux, j'ai honte de le dire." "Je n'ai pas le souvenir de l'avoir entendu prononcer un grand nombre de discours comme celui-là", observe l'historien Thomas Alan Schwartz, spécialiste du discours présidentiel, qui estime cependant que la puissance de son discours de Charleston ne l'installe pas encore pas parmi les grandes interventions de certains de ses prédécesseurs, comme John F. Kennedy ou Ronald Reagan. (Nicolas Delame et Henri-Pierre André pour le service français)

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