À Bugarach, la fin du monde tarde à venir

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À BUGARACH, LA FIN DU MONDE TARDE À VENIR
À BUGARACH, LA FIN DU MONDE TARDE À VENIR

par Jean Décotte

BUGARACH, Aude (Reuters) - "On est venues à Bugarach pour aller au restaurant, parce que quitte à mourir, autant mourir le ventre plein", plaisante Valérie, béret noir et queue de cheval, en jetant un regard amusé en direction des caméras massées dans le petit village de l'Aude.

Habituées de la région, la jeune femme et sa mère jugent "invivable" la présence de dizaines de journalistes dans les rues de cette commune censée être préservée de la fin du monde.

D'autant que l'apocalypse tarde à venir, malgré certaines interprétations du calendrier maya qui font du 21 décembre 2012 la date de la fin des temps.

Et l'attente est longue pour les journalistes accrédités qui sont 200 à 300 à tourner en rond. "Je suis sec comme un bout de bois", lâche un reporter de radio, las de devoir trouver de nouvelles idées de sujets autour d'un village finalement sans histoires et dans lequel seuls quelques badauds déambulent.

A partir de mercredi midi, un important dispositif de sécurité a été déployé autour de la commune de 200 habitants et du pic de 1.230m qui la surplombe, afin de prévenir tout mouvement de foule et de bloquer l'accès à la montagne.

Mais à part journalistes et curieux, le fait d'être sauvé de la fin du monde semble ne pas intéresser grand monde. Seul un millier de personnes environ, reporters inclus, étaient présents à Bugarach vendredi après-midi, selon le préfet de l'Aude, Eric Freysselinard.

AMBIANCE DE CARNAVAL

Avec 350 véhicules dans le village, les autorités ont décidé de restreindre un peu l'accès au site, en instaurant une circulation à sens unique, sans bloquer entièrement les accès.

"Nous avons très, très peu d'éléments à déplorer sur le plan sécuritaire, et je m'en félicite", a dit à la presse Eric Freysselinard, évoquant une "atmosphère bon enfant".

Seul fait notable, l'arrestation de deux frères qui ont tenté d'entrer dans le périmètre avec des machettes et des masques à gaz, au lendemain d'une tentative similaire de la part d'un homme portant un pistolet électrique Taser. Ces deux personnes, qui ont dit aux gendarmes être venues fêter un anniversaire, ont ensuite été relâchées.

Faute d'événement, les reporters se rabattent sur tel artisan créateur d'objets en bois, quand d'autres questionnent le député du Rhône Georges Fenech, président du groupe d'études sur les sectes à l'Assemblée nationale, sur les raisons de sa visite à Bugarach.

Enfin, dans une ambiance de carnaval, il y a ceux qui interrogent des fêtards venus en vans ou en 2CV, certains grimés en martiens.

Ici, des Limousins coiffés d'antennes sur ressorts s'enrubannent dans du papier d'aluminium, allusion au "garage extraterrestre" que le pic de Bugarach serait censé abriter dans ses galeries souterraines. Là, quatre farceurs de Béziers se sont coiffés d'un entonnoir.

"CIRCULEZ, IL N'Y A RIEN À VOIR"

À l'entrée de Bugarach, des militants de la Confédération paysanne ont tenté d'attirer l'attention des médias avec des banderoles dénonçant le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes.

Une poignée de mystiques permettent aux caméras de tromper cette vraie-fausse attente, comme Jean-Michel, treillis militaire et veste de camouflage, qui se dit spécialiste des Wisigoths et disserte sur la stratégie à adopter pour les gendarmes déployés sur le pic.

De temps à autre, un hélicoptère de la gendarmerie survole le village et quelques avions de chasse empruntent un couloir aérien au-dessus des montagnes, mais ce sont là les seuls objets volants repérés à Bugarach - à part un cerf-volant multicolore.

Les habitants, de leur côté, restent cloîtrés chez eux en attendant que les choses se tassent.

Bérêt rouge siglé "Papi Jo", un retraité rentre chez lui préparer le déjeuner, un panier de salade sous le bras. Il tourne soudain le dos lorsqu'un photographe pointe son objectif vers lui, puis peste contre cette invasion médiatique.

"S'ils me le demandent gentiment, je dis oui", explique-t-il. "Mais sans rien demander, ce ne sont pas des façons de faire."

Dans la ruelle qui mène aux ruines du château, l'homme salue ses voisins, qui, rassemblés sur le pas de leur porte, partagent leur ras-le-bol de cette invasion.

"Circulez, il n'y a rien à voir !", lance une des habitantes à un duo de journalistes qui passe par là, caméra à l'épaule, avant de soupirer : "On a hâte que ça se termine."

Edité par Gilles Trequesser

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