À bord d'un bus, en direction de la "Manif pour tous"

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par Mourad Guichard

ENTRE BLOIS ET PARIS (Reuters) - "On parle tout le temps de sexe, de l'homme ou de la femme, mais jamais des droits de l'enfant. Il faut que l'on perce l'abcès, que l'on ouvre le débat", estime Nelly Le Monnier.

Ce dimanche matin, cette mère de famille, adhérente à l'UMP depuis peu, s'active sur le parking d'un supermarché de Blois.

Elle est l'une des organisatrices de la manifestation contre le projet de mariage dit "pour tous" dans le Loir-et-Cher.

Depuis 07h00, elle accueille sur ce parking les 300 personnes de la région qui vont participer à Paris à la manifestation contre le projet gouvernemental d'ouvrir le mariage et l'adoption aux couples de même sexe.

Parmi eux figurent Emmanuelle, 14 ans, venue avec son père et ses amis Van-Marie, 14 ans et Louise-Marie, 16 ans.

"Personne n'a le droit de priver un enfant de l'un de ses parents", dit l'adolescente. "C'est un enjeu de société, et une bonne cause à défendre".

À ses côtés, Vincent Glenot est venu de Romorantin avec ses trois enfants. "Ce débat est au coeur de nos préoccupations, car on ne prend pas tout en considération. Notre physiologie nous dépasse", juge-t-il.

Équipés de chaussures de marche, bouteilles d'eau, vêtements de pluie et sacs à dos, tous ces manifestants ont suivi les consignes des organisateurs pour ce qui constitue souvent pour eux une première expérience.

"L'ÉTAT N'A PAS À LÉGIFÉRER LÀ-DESSUS"

Peu avant 08h00, les six cars pleins quittent Blois en direction de la Porte Maillot, à Paris, pour un trajet de trois heures.

"Que les couples homos fassent le choix de priver un enfant d'un papa ou d'une maman, ça les regarde", estime Nelly Le Monnier. Mais "l'Etat n'a pas à légiférer là-dessus".

Cette catholique, qui dit ne pas avoir mis les pieds dans une église depuis 20 ans, se veut optimiste quant à la capacité des manifestants à faire plier le gouvernement.

"Cette loi est un tsunami, mais j'ai foi en l'homme et je pense qu'elle ne passera pas", dit-elle.

Un sentiment que partage Anne Bros, "chrétienne de gauche" qui s'occupe de sans-papiers dans le Loir-et-Cher et d'enfants des rues à Madagascar. "Nous serons entendus!"

Caner Keskiner, français d'origine turque et père de trois enfants, est de son côté venu pour "alerter du danger".

"Avec cette loi, on va à contresens de l'humanité. On risque une désintégration de l'humain. Il y a des choses que l'homme ou la femme ne peut pas faire, c'est ainsi et il faut l'accepter".

DIVERSITÉ DES PARTICIPANTS

Après une pause sur une aire d'autoroute, Nelly Le Monnier prend le micro pour développer son argumentaire contre le projet gouvernemental. "Est-ce qu'au nom de l'amour on légalisera l'inceste dans les années à venir?", s'interroge-t-elle.

Michèle insiste sur l'aspect "non politique et non religieux" de la manifestation. De fait, les participants de cette délégation du Loir-et-Cher présentent des profils divers, mêlant sympathisants de gauche, militants UMP, chrétiens, musulmans, Français, Turcs ou encore Africains.

"Nous sommes allés tracter sur tous les marchés, celui de la ZUP (Zone à Urbaniser en Priorité, NDLR), mais aussi le marché bobo du centre ville", explique Nelly Le Monnier.

"Nous avons également pris contact avec tous les lieux de cultes et tous les partis représentés sur Blois. C'est ce qui explique la véritable diversité des participants, toutes opinions politiques ou confessions confondues".

Avant midi, les cars arrivent Porte Maillot. Il faut gagner la Porte Dauphine, mais le pas est hésitant.

"Qui faut-il suivre? On suit quelqu'un mais on ne sait pas s'il va dans le bonne direction", s'inquiète une participante.

Rapidement, les bénévoles chargés de l'accueil et flanqués d'un T-shirt jaune fluo indiquent le chemin à suivre. Certains sortent leurs premières pancartes. "Made in papa + maman", "Zéro maman, c'est déprimant, zéro papa, ça l'fait pas", y est-il écrit.

"Pensez à ne pas afficher votre parti politique et marchez bien au milieu de la chaussée, sans quoi vous ne seriez pas comptés parmi les manifestants", leur conseille un bénévole. "Et surtout marchez en laissant un mètre autour de vous, c'est la règle".

Edité par Chine Labbé

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