A Belfort, les Alstom soulagés par le choix de GE

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LES SALARIÉS D'ALSTOM SOULAGÉS À BELFORT
LES SALARIÉS D'ALSTOM SOULAGÉS À BELFORT

par Gilbert Reilhac

BELFORT (Reuters) - A Belfort, berceau du groupe français de production d'énergie et de matériel ferroviaire Alstom, les salariés se disent lundi soulagés par la conclusion d'un accord avec General Electric plutôt qu'avec Siemens.

Deuxième employeur privé de cette ville de l'est de la France, avec 1.750 salariés, derrière Alstom (2.500), le groupe américain est à la fois mieux connu et mieux perçu, en termes de complémentarité avec les activités d'Alstom, que l'allemand et son allié, le groupe japonais Mitsubishi.

"GE s'est implanté depuis plus longtemps que les autres, c'est plus rassurant. Et si les brevets sont protégés comme ils ont dit, il n'y a pas de risque de délocalisation", estime Kamel Elgharbi, magasinier de 36 ans chez Alstom Energie.

Dans cette ville dans la ville que dessinent les usines imbriquées d'Alstom et de General Electric, le groupe américain fait depuis longtemps partie de la famille.

Alsthom, avec à l'époque un "h", est né en 1928 de la fusion d'une partie des activités de la Société alsacienne de construction mécanique installée à Belfort, avec la Compagnie française Thomson-Houston (d'où le h), filiale de GE.

Le groupe américain, qui s'est développé sur le site de Belfort à partir de 1999 en rachetant à Alstom son activité turbine à gaz, y a installé le siège européen de sa division Power & water (Energie).

Rien d'étonnant si la Chambre de commerce et d'industrie du Territoire de Belfort et la CGPME, le syndicat des petites et moyennes entreprises, ont publié dans la presse, avec le soutien du député maire de Belfort, l'UMP Damien Meslot, une tribune appelant l'Etat à favoriser le rapprochement Alstom-GE.

Pour Stéphane Jablonski, travailleur handicapé employé comme coursier chez Alstom, le transfert d'activités "ne va rien changer" pour lui et ses collègues qui bénéficient de ce type de contrat.

"General Electric fait aussi du social. Il paraît que leur carnet de commande est plein et ils ont plus de moyens financiers", assure-t-il.

"LA MOINS PIRE DES SOLUTIONS"

D'autres salariés expriment le même sentiment sous le couvert de l'anonymat.

"On sait au moins à quelle sauce on va être mangé, et c'est la moins pire des solutions", dit un ingénieur qui travaille depuis cinq ans à la division Control systems d'Alstom.

"La meilleure en termes de complémentarité", ajoute-t-il, comparativement à Siemens, déjà fort dans la vapeur, le gaz et l'énergie hydraulique, les domaines de prédilection d'Alstom.

Un de ses collègues, 24 ans de maison, estime que "ç'aurait été bien qu'on reste un groupe français" et redoute des "réorganisations" en raison des "doublons".

Mais il constate que "des industriels qui investissent dans des entreprises françaises, c'est de plus en plus rare".

Une femme, dessinatrice industrielle au sein de la division transport, qui sort renforcée de l'accord, y voit aussi la "moins pire des solution. "Mais c'est toujours triste de vendre une partie de son entreprise."

Daniel, 53 ans, qui assure la maintenance des alternateurs montés sur site, aurait bien aimé "terminer Alstom" après une carrière de 32 ans dans l'entreprise.

"C'est surtout sentimental, les gens de General Electric, ils sont déjà là. Ça va pérenniser le site", dit-il au sortir de la cantine commune aux deux groupes. "Ma plus grande crainte, c'était Siemens. Avec eux, dans trois ans, c'était fermé."

Du côté des salariés de General Electric, consigne a été passée de ne pas parler à la presse.

"C'est une bonne chose que l'Etat se soit investi dans ce rachat, qu'on ne laisse pas partir l'industrie française, c'est une bonne chose", dit cependant Cyril Bouton, ingénieur test chez GE.

Le choix de GE est, selon lui, "celui qui va provoquer le moins de casse sociale, du fait de la complémentarité des activités".

Patrick Kron et Jeffrey Immelt, les PDG d'Alstom et de General Electric, ont prévu de les rencontrer mardi lors d'un déplacement sur le site de Belfort.

(Edité par Yves Clarisse)

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