A Bahreïn, un Grand Prix indifférent aux affrontements

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A Bahreïn, un Grand Prix indifférent aux affrontements
A Bahreïn, un Grand Prix indifférent aux affrontements

MANAMA (Reuters) - Le Grand Prix de Formule un de Bahreïn remporté dimanche après-midi par l'Allemand Sebastian Vettel s'est déroulé dans une atmosphère tendue après une semaine d'affrontements entre manifestants et policiers qui ont laissé de marbre les pilotes.

Les opposants bahreïnis dénonçaient la tenue de cette course, qu'ils voient comme une opération de relations publiques de la famille royale sunnite après plus d'un an de répression du mouvement démocratique impulsé par la majorité chiite dans l'élan du "printemps arabe" en Tunisie et en Egypte.

"Ils ont commis une erreur de calcul. Ils ont pensé qu'une annulation serait une défaite pour eux, mais ils n'ont pas pris conscience du prix à payer pour maintenir la course", selon Alaa Shehabi, un activiste chiite.

La mort d'un manifestant de 36 ans, dans la nuit de vendredi à samedi - la 36e victime depuis le début du soulèvement réprimé avec l'aide militaire des pays voisins, dont l'Arabie saoudite -, a ajouté aux tensions.

Ses funérailles pourraient se dérouler dimanche si son corps est restitué à sa famille, faisant planer le risque de nouvelles émeutes après les affrontements qui ont opposé quotidiennement les protestataires à la police pendant ces "jours de colère", à coups de cocktails Molotov d'un côté, de gaz lacrymogènes, balles en caoutchouc et grenaille de l'autre.

Les autorités bahreïnies pourraient néanmoins conserver encore plusieurs jours la dépouille, comme cela s'est déjà produit avec d'autres cadavres de manifestants.

Les tensions sont également attisées par la grève de la faim d'Abdulhadi al Khawaja, l'un des 14 hommes emprisonnés pour avoir mené la rébellion contre le régime l'an dernier.

Alors que sa grève de la faim commence à mettre sa vie en danger, 70 jours après son début, sa famille a annoncé qu'il avait aussi arrêté de boire de l'eau depuis vendredi.

Le roi du Bahreïn Hamad bin Issa al Khalifa, qui a assisté au Grand Prix, a réaffirmé dans un communiqué diffusé samedi soir son "engagement personnel à mener des réformes et la réconciliation dans notre grand pays".

"La porte est toujours ouverte pour un dialogue sincère", a-t-il ajouté. Une déclaration accueillie avec colère par les manifestants, qui réclamaient à l'origine de simples réformes, mais veulent désormais "renverser le régime", a déclaré l'un d'eux samedi.

Sur certaines banderoles brandies par la foule samedi, on voyait des caricatures de pilotes de F1 portant un uniforme de police et passant à tabac les manifestants.

"CE QUI COMPTE VRAIMENT"

Le mutisme du monde de la Formule un, enfermé dans sa bulle du circuit de Sakhir transformé en camp retranché, et son égoïsme à se préoccuper de sa propre sécurité avant de penser à celle des Bahreïnis, a écoeuré les opposants et les militants des droits de l'homme.

Jeudi, Sebastian Vettel a donné le ton en déclarant peu après son arrivée que tout ce qui se disait sur la situation au Bahreïn n'était que du battage médiatique et qu'il entendait se concentrer "sur ce qui compte vraiment: la température des pneus, les voitures".

L'Allemand a appliqué son programme à la lettre: il a remporté la course après s'être élancé de la première place sur la grille de départ du Grand Prix - sa première pole position de la saison -, pendant que dans les villages voisins de la capitale Manama, des nuages de fumée noire s'élevaient des pneus incendiés en signe de protestation.

Le même état d'esprit dominait dans le public. "J'attends simplement avec impatience une très bonne course", déclarait Phil Mitchell, un spectateur britannique qui vit et travaille au Bahreïn rencontré avec l'extinction des feux sur la grille de départ.

Devant les images des violences diffusées à la télévision, un certain malaise a cependant gagné les écuries de Formule un et les annonceurs, dont Thomson Reuters, qui sponsorise l'équipe Williams, fait partie.

Samedi, le président de la Fédération internationale automobile (FIA), Jean Todt, a tenté de mettre fin à la "controverse".

"Je ne suis pas sûr que tout ce qui a été raconté (dans les médias) correspond à la réalité de ce qui se passe dans ce pays", a-t-il déclaré, mettant notamment en cause les estimations variables du nombre de manifestants et relativisant les violences.

"C'est quelque chose qu'on peut éviter mais ça peut arriver à n'importe quel match de football. C'est déjà arrivé en Grande-Bretagne, en Allemagne, en France, partout dans le monde, mais ça ne veut pas dire qu'il faut arrêter le sport", a-t-il ajouté, qualifiant le Bahreïn de "pays démocratique où les manifestations sont autorisées" et où "une forte majorité de gens souhaite la course".

Alan Baldwin, Tangi Salaün et Julien Dury pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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