A Ankara, Angela Merkel défend la liberté d'expression

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    * Première visite de Merkel depuis le coup d'Etat manqué 
    * Les relations entre l'Allemagne et la Turquie se sont 
tendues 
    * Irak, Syrie et lutte contre le terrorisme ont été abordés 
    * Erdogan défend le régime présidentiel voulu par la Turquie 
 
    par Tulay Karadeniz 
    ANKARA, 2 février (Reuters) - La chancelière allemande 
Angela Merkel, reçue jeudi par le président turc Recep Tayyip 
Erdogan à Ankara, a défendu l'importance de la liberté de la 
presse et de la liberté d'opinion en Turquie. 
    Les relations entre les deux pays de l'Otan se sont tendues 
depuis la répression qui s'est abattue sur une grande partie de 
la société turque après le coup d'Etat manqué du 15 juillet 
dernier attribuée par le pouvoir turc au réseau du prédicateur 
musulman Fethullah Gülen.  
    L'Allemagne n'apprécie pas non plus que la Turquie l'accuse 
d'accueillir des militants kurdes et d'extrême gauche. 
    La chef du gouvernement allemand, qui effectuait son premier 
déplacement dans la capitale turque depuis le putsch manqué, a 
expliqué s'être entretenue de la Syrie et de l'Irak avec le 
président turc. Berlin et Ankara sont d'accord sur la nécessité 
de renforcer leur coopération en matière de lutte contre le 
terrorisme, a dit Angela Merkel. 
    Interrogée sur la modification de la Constitution turque 
dans le sens d'un régime présidentiel voulue par Erdogan - la 
réforme devrait être soumise à référendum au mois d'avril -, 
Angela Merkel a mis l'accent sur la liberté d'expression. 
    "Avec le putsch (manqué), nous avons vu comment le peuple 
turc s'était levé pour la démocratie et les règles de la 
démocratie en Turquie", a déclaré la chancelière qui a donné une 
conférence de presse avec le président turc. 
    "En ces temps de profonds bouleversements politiques, tout 
doit être fait pour continuer à protéger la séparation des 
pouvoirs et, par dessus tout, la liberté d'opinion et la 
diversité de la société", a ajoute la chancelière. 
    "C'est exactement pourquoi, dans cette phase décisive, il 
est important que la liberté d'opinion soit respectée et, en 
relation avec cela, nous avons discuté de la liberté de la 
presse", a-t-elle poursuivi. 
     
    PARTIE DE LA DÉMOCRATIE 
    "L'opposition fait partie de la démocratie", a-t-elle 
insisté alors que plusieurs alliés de la Turquie, dont 
l'Allemagne, inquiets face aux purges qui ont suivi le putsch 
manqué notamment dans l'administration et les forces de 
sécurité, redoutent qu'Erdogan n'exploite la situation pour 
mettre fin à toute contestation. 
    Le président Erdogan a déclaré qu'il pensait recevoir jeudi 
ou vendredi du Parlement le texte de loi qui sera soumis à 
référendum. Une fois qu'il l'aura approuvé, la commission 
électorale fixera la date officielle du référendum. 
    "Il n'est pas question que la séparation des pouvoirs soit 
abolie", a déclaré Recep Tayyip Erdogan à propos de la réforme 
constitutionnelle. 
    "Elle donne plus de marge de manoeuvre au pouvoir exécutif 
pour travailler plus rapidement. Le judiciaire conservera son 
pouvoir et fonctionnera comme à l'accoutumée dans le cadre du 
nouveau système", a ajouté le chef de l'Etat turc. 
    La question de la quarantaine de militaires turcs 
travaillant pour l'Otan en Allemagne et qui auraient demandé 
l'asile politique à Berlin a été abordée. Recep Tayyip Erdogan a 
indiqué que la Turquie était à même de fournir des preuves de 
leur implication dans le putsch aux autorités allemandes. 
    Un des vice-Premiers ministres turcs, Veysi Kaynak, a 
déclaré mercredi que Berlin abritait des membres de 
"l'organisation terroriste güléniste" selon les termes employés 
par Ankara à propos de l'organisation de Fethullah Gülen. 
    "Si les gülénistes impliqués dans le putsch s'enfuient en 
Allemagne, le ministère de la Justice pourrait envoyer des 
informations et des documents", a déclaré le président Erdogan. 
Il a également estimé que les Etats-Unis feraient bien 
d'accélérer l'étude de la demande d'extradition de Fethullah 
Gülen présentée par la Turquie.   
    Depuis le coup d'Etat manqué, plus de 100.000 personnes 
soupçonnées d'avoir soutenu Gülen ont été suspendues de leurs 
fonctions, dans la fonction publique, mais aussi dans le secteur 
privé. Environ 40.000 personnes sont en prison dans l'attente de 
leur procès.    
 
 (Avec Paul Carrel et Michael Nienaber à Berlin; Henri-Pierre 
André et Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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