6 000 km, seul avec ses chiens

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6 000 km, seul avec ses chiens
6 000 km, seul avec ses chiens

AU-DESSUS DE LA RIVIÈRE salengé, un soleil blafard peine à dissiper la brume cotonneuse du matin. A 20 km de Naouchki, une localité russe isolée près de la frontière mongole, Nicolas Vanier a installé son camp de nuit sur les berges enneigées du cours d'eau pris par les glaces. Prêts à tailler la route, les dix chiens de sa meute sont recroquevillés à même le sol, protégés du vent par les joncs et les broussailles. A l'extérieur de la tente chauffée par le poêle à bois, nos doigts et nos orteils sont rapidement transis par le froid. La température oscille entre - 10 et - 15 °C. « Qu'est-ce qu'il fait doux ! Ce n'est pas croyable. »

Un temps doux, dans l'esprit de Nicolas Vanier, c'est lorsque le métal ne colle pas aux mains et que la rivière glacée s'effrite au passage du traîneau et menace de rompre sous son poids. Pour le réalisateur du « Dernier Trappeur », qui a dormi quasiment à la belle étoile par - 45 °C en Chine, ce temps doux n'est pas une bonne nouvelle. « Une journée à tomber à l'eau », tranche sans rire l'aventurier qui achève ce matin, sur l'île d'Olkhon, au milieu du lac Baïkal, son odyssée sauvage entamée sur les côtes sibériennes du Pacifique nord. Lorsque nous l'avons rencontré, à la frontière russo-mongole, la semaine dernière, il venait d'avaler plus de 5 000 km et pestait contre la clémence du climat qui peut s'avérer mortelle lorsqu'on circule sur des fleuves partiellement gelés.

La veille, Fabien et Alain en ont fait l'amère expérience. Les deux pisteurs chargés de lui ouvrir la voie avec leur motoneige sont passés sur une portion de glace trop mince. Lestés d'une grosse remorque chargée de matériel, ils ont vu leur engin tomber au fond de la rivière. Ils en furent quittes pour une bonne frayeur, un bain glacé, et ont passé la journée à faire sécher leurs vêtements et à ruminer leur erreur de parcours.

Au cours des trois mois d'expédition à travers les vastes forêts ...

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