2017-Premier débat à droite, des piques mais pas de pugilat

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    * Les sept candidats évitent l'affrontement 
    * Des échanges tendus sur les dossiers judiciaires 
    * Les "outsiders" ont joué leur carte 
 
 (Actualisé avec fin du débat) 
    par Sophie Louet et Simon Carraud 
    PARIS, 14 octobre (Reuters) - Les candidats à l'investiture 
présidentielle de la droite ont confronté jeudi soir leurs 
programmes et leurs tempéraments lors du premier débat de la 
primaire où les affaires judiciaires et les inimitiés tenaces 
ont brouillé l'enjeu malgré les efforts ostensibles de chacun 
pour éviter le pugilat. 
    Alain Juppé, favori des sondages, et Nicolas Sarkozy, pour 
qui il devient urgent d'enrayer une dynamique défavorable, ont 
décliné une partition connue. 
    Pour le maire de Bordeaux, un "Etat fort" à même de remettre 
la France sur la voie du "plein emploi" et de l'"optimisme", 
pour l'ancien président "une France de l'action" succédant à "la 
France du bavardage" dans une "alternance forte, énergique, 
immédiate, concrète" au service de "la majorité silencieuse". 
    Dans ces deux registres éprouvés, les deux hommes se sont 
neutralisés, Alain Juppé optant stratégiquement pour une 
prudente réserve, Nicolas Sarkozy, crispé tout au long de 
l'exercice, pour un volontarisme rappelant les campagnes de 2007 
et 2012. 
    Ce sont les "outsiders" qui ont ménagé surprise et intérêt, 
notamment le plus méconnu d'entre eux, le président du Parti 
chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson, crédité de 0,5% à 2% 
dans les sondages, qui a marqué sans complexe ses différences, 
sur le revenu universel, la laïcité ou les fichés S. 
    La seule femme candidate, Nathalie Kosciusko-Morizet, a ravi 
à Bruno Le Maire, emprunté, le privilège de la nouveauté en 
invitant les électeurs à refuser la "nostalgie": "Le recyclage, 
ça marche pour les déchets, pas pour les idées". 
    "Passez à autre chose", a déclaré pour sa part l'ancien 
ministre de Nicolas Sarkozy Bruno Le Maire qui s'est efforcé 
difficilement de déclarer hors-jeu "le clan des redoublants", 
pour reprendre une expression de son porte-parole Damien Abad. 
    "Si vous voulez continuer comme avant, vous avez tout ce 
qu'il faut sur ce plateau", a-t-il lancé en préambule, à quelque 
distance des pupitres d'Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. 
    "On a gouverné ensemble pendant cinq ans", leur a rappelé 
l'ancien président au début des échanges. 
    Le député de l'Eure dispute à François Fillon la place de 
troisième homme dans le scrutin, sans précédent à droite, des 20 
et 27 novembre. 
    Marquant sa singularité, notamment par la radicalité de ses 
propositions économiques et sa position isolée sur le dossier 
syrien, l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, qui se 
défie des sondages, a appelé à déjouer les pronostics. 
    "Ce que ce débat a montré ce soir, c'est qu'il n'y a pas 
deux candidats qui ont déjà gagné le premier tour de la 
primaire", a-t-il dit en conclusion. 
     
    "CE N'EST PAS TOI..." 
    La palme de l'offensive, au risque parfois de l'agressivité, 
revient à Jean-François Copé, crédité de 2% dans les sondages 
les plus flatteurs, qui a joué son va-tout en décochant 
plusieurs traits à Nicolas Sarkozy, à sa droite, auquel il ne 
pardonne pas de l'avoir mis en cause dans l'affaire Bygmalion. 
    D'emblée, le député-maire de Meaux, qui dirigea la majorité 
à l'Assemblée sous Nicolas Sarkozy, s'en est pris à celui-ci en 
l'accusant de ne pas avoir honoré ses engagements. 
    "Il y a dix ans, en 2007, j'avais comme des millions de 
Français espéré en la rupture que proposait Nicolas Sarkozy pour 
notre pays (...). Cette rupture, malheureusement on l'a pas 
faite", a-t-il lancé d'entrée. 
    Nicolas Sarkozy, qui a dit par la suite avoir été 
"fair-play" pour pouvoir "rassembler" à l'avenir, est sorti de 
ses gonds lorsque Jean-François Copé lui a reproché ainsi qu'à 
François Fillon, qui a "la mémoire qui flanche", d'avoir été 
défavorables à la loi de 2010 interdisant la dissimulation du 
visage dans l'espace public. "C'est nous les députés qui l'avons 
faite passer". 
    "Ce n'est pas toi qui nous l'a imposée, tu étais bien 
incapable d'imposer ni au Premier ministre ni au président de la 
République quoi que ce soit", a répliqué Nicolas Sarkozy. 
    La tension a été palpable lors de l'évocation des affaires 
judiciaires qui plombent la droite depuis des décennies. 
    A Bruno Le Maire, qui souhaite que les prétendants à un 
mandat électif dévoilent leur casier judiciaire, Alain Juppé, 
condamné en 2004 pour prise illégale d'intérêts, a lancé : "Je 
tiens mon casier judiciaire à la disposition de Bruno." 
    "Aujourd'hui, les Français ont la décision au bout de leur 
bulletin de vote, s'ils estiment que ma faute me disqualifie, 
ils ne m'éliront pas", a-t-il dit. 
     
    "PAS LE MARTINE AUBRY DE DROITE" 
    Nicolas Sarkozy, échaudé par les déclarations liminaires de 
François Fillon sur l'exemplarité politique, a lâché, à propos 
de sa formule -- "Qui imagine le général de Gaulle mis en 
examen?" --: "Ce ne sont pas des déclarations qui honorent ceux 
qui les prononcent". 
    Jean-François Copé a enfoncé le clou sur l'affaire 
Bygmalion, dans laquelle il a été blanchi et pour laquelle 
Nicolas Sarkozy est mis en examen, en renvoyant chaque candidat 
à sa "conscience". 
    François Fillon, la voix étranglée par l'émotion, a dû pour 
sa part à nouveau démentir avoir demandé à l'actuel secrétaire 
général de l'Elysée de "ruiner judiciairement" Nicolas 
Sarkozy.  
    "Ce n'était pas un combat de boxe, on pouvait s'expliquer, 
il y a eu des moments d'émotion (...) moi ça m'a plu (...) 
C'était propre", a voulu résumer Nicolas Sarkozy à des 
journalistes après le débat, où il a difficilement dissimulé son 
irritation. 
    Le débat a porté sur les thèmes de l'immigration et de la 
sécurité, ainsi que les questions économiques. 
    Même si leurs programmes ont pour axe commun une politique 
libérale au profit des entreprises, les candidats se sont 
affrontés sur les 35 heures, les mesures fiscales,les retraites. 
    "Je ne serai pas le Martine Aubry de droite. C'est-à-dire 
qu'on a eu une obsédée des 35 heures, on ne va pas être des 
obsédés des 39 heures", a ainsi déclaré Nicolas Sarkozy à 
l'adresse de François Fillon et Alain Juppé qui prônent, dans 
des modalités différentes, un allongement de la durée 
hebdomadaire du travail. 
    Au chapitre de l'immigration, Alain Juppé, qui a défendu 
sans emphase son concept contesté d'identité "heureuse", et 
Nicolas Sarkozy, critiqué pour avoir invoqué la lignée des 
"Gaulois", ont été critiqués par les "petits" candidats. 
    "Entre l'identité heureuse et l'identité gauloise, il y a 
une troisième voie qui est l'identité républicaine", a dit par 
exemple Nathalie Kosciusko-Morizet.  
 
 
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