2013: suspense, surprises et magie du verbe des banques centrales

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UNE ANNÉE 2013 CHARGÉE POUR LES BANQUES CENTRALES
UNE ANNÉE 2013 CHARGÉE POUR LES BANQUES CENTRALES

par Marc Angrand

PARIS (Reuters) - Les grandes banques centrales ont encore eu fort à faire en 2013 pour soutenir une reprise mondiale encore fragile et rassurer les investisseurs inquiets d'une réduction de leurs injections de liquidités, recourant plus que jamais à la magie du verbe.

Le président de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke a mis fin le 19 décembre au suspense qu'il avait lui-même entretenu sur la réduction graduelle ("tapering") des rachats d'actifs destinés à contrer les effets de la crise financière de 2008.

A l'issue de son dernier comité de politique monétaire de l'année, la Fed a annoncé une diminution à 75 milliards de dollars mensuels (55 milliards d'euros), contre 85 milliards précédemment, de ses achats d'actifs à compter de janvier, ainsi que de nouvelles réductions au fil de l'année 2014 en fonction de l'affirmation de la reprise de l'économie américaine.

En évoquant en mai un sevrage progressif des achats d'actifs, Ben Bernanke -dont le mandat arrive à échéance le 31 janvier- avait forcé les investisseurs à réaliser que leur addiction aux liquidités ne pourrait pas durer.

Il avait dû temporiser face à la correction des marchés d'actions, à la déstabilisation de certains des principaux marchés émergents et surtout à la brusque remontée des taux longs aux Etats-Unis qui menaçait de fragiliser la reprise.

La Fed avait justifié son attentisme en septembre par les tensions sur les taux mais aussi par les incertitudes budgétaires, matérialisées par la suite avec le "shutdown" (16 jours de fermeture des administrations fédérales pour cause de blocage politique au Congrès).

Il reviendra donc à Janet Yellen, qui sera la première femme à prendre la tête de la Réserve fédérale des Etats-Unis, de piloter la sortie progressive des trois programmes d'assouplissement quantitatif initiés par Ben Bernanke, qui ont porté le total de bilan de la Fed à plus de 4.000 milliards de dollars.

L'absence apparente de tensions inflationnistes devrait laisser à la Fed le temps nécessaire pour gérer ce retrait sans risquer de provoquer une grave crise de manque à Wall Street.

LE POUVOIR DES MOTS

Si l'on a longtemps attendu la Fed, la BCE, qu'on n'attendait pas, a créé la surprise en réduisant le 7 novembre son principal taux d'intérêt à 0,25%, un nouveau plus bas historique, après la baisse à 0,50% intervenue en mai.

Son président Mario Draghi -qui avait prouvé en 2012 sa capacité à rassurer les marchés en quelques mots ("la BCE est prête à faire ce qu'il faudra pour préserver l'euro")- ne manquait pour une fois pas d'arguments pour vaincre les réticences des "faucons" du conseil des gouverneurs.

A la lenteur de la reprise dans la zone euro et à la baisse persistante du crédit est en effet venu s'ajouter un ralentissement marqué des prix, qui a réveillé chez certains les craintes d'une spirale déflationniste.

La BCE s'est d'autant plus retrouvée sur la sellette que son bilan s'est dégonflé avec le remboursement par les banques de la zone euro d'une partie des 1.000 milliards d'euros qu'elle avait mis à leur disposition pour les stabiliser fin 2011 et début 2012 dans le cadre d'opérations de refinancement à très long terme.

Mais à la BCE comme à la Fed, si l'évolution de la politique monétaire diffère, la méthode aura bien été la même : celle du "forward guidance", le pilotage minutieux des anticipations des marchés par un discours plus transparent, plus prospectif. Et plus subtil.

Fini, donc, le temps où Alan Greenspan se permettait de déclarer: "Si je vous semble trop clair, c'est que je me suis mal fait comprendre." Ayant vidé leurs boîtes à outils habituelles, les banquiers centraux ont désormais recours au verbe, en levant un -petit- coin du voile entourant leurs hypothèses de travail, leurs débats internes et leur calendrier.

En la matière, la Fed est en avance puisqu'elle va jusqu'à évoquer des objectifs chiffrés de chômage et d'inflation dont dépendront ses décisions futures.

Soucieux de déconnecter le "tapering" d'une éventuelle action sur les taux d'intérêt, Ben Bernanke s'est ainsi engagé à maintenir des taux au jour le jour ("fed funds") à un niveau proche de zéro "bien après" le passage du taux de chômage sous le seuil de 6,5%. Celui-ci s'en rapproche, avec un taux de 7% en novembre.

UNION ET DIVERGENCE

La BCE, elle, avance plus prudemment. Mais ses responsables ne manquent pas une occasion d'assurer qu'ils sont "prêts à agir" si nécessaire, en détaillant les instruments envisagés, leurs avantages, leurs inconvénients et leur cote d'amour au sein du conseil des gouverneurs.

Banque d'Angleterre (BoE) et Banque du Japon (BoJ) ne sont pas en reste. Sous la houlette de Mark Carney, le Canadien intronisé gouverneur en juillet, la BoE se prépare à infléchir sa stratégie, forte d'une reprise rapide de l'économie britannique, mais elle aussi en gardant un oeil sur la courbe des prix et sur celle du chômage.

Quant à la BoJ, dont le gouverneur Haruhiko Kuroda a pris ses fonctions en mars, elle a certes mis en oeuvre un programme de rachats d'actifs d'un montant sans précédent visant à doubler la masse monétaire en deux ans pour sortir le pays de la déflation. Mais elle s'est surtout engagée à atteindre l'objectif d'une hausse des prix de 2% en rythme annuel.

Si pour la BCE la déflation reste un fantasme plus qu'une menace, l'équation risque de se compliquer en 2014: l'arme des taux épuisée, "Super Mario" devra faire appel à d'autres pouvoirs s'il veut vraiment réveiller le crédit aux entreprises et aux ménages.

Car la politique et le discours de la BCE semblent toujours incapables d'insuffler dans les circuits financiers l'ingrédient indispensable disparu depuis la crise: la confiance.

Certains veulent croire que la mise en oeuvre concrète de l'union bancaire l'an prochain permettra enfin de ramener cette confiance qui déciderait les banques à prêter.

La BCE aura pourtant fort à faire. Appelée à devenir en novembre prochain le régulateur unique des 130 principales banques de la zone euro, la banque centrale doit procéder d'ici-là à une "revue de la qualité des actifs" (AQR) et à des tests de résistance qui risquent de se traduire par plusieurs mois d'attentisme dans les banques elles-mêmes.

Une difficulté de plus pour Mario Draghi, qui doit aussi gérer le risque de divergence entre la zone euro d'une part, où l'assouplissement monétaire continue de s'imposer, et d'autre part les Etats-Unis, où la normalisation de la politique monétaire s'annonce, et la Grande-Bretagne, où elle se profile.

Avec Marc Joanny, édité par Dominique Rodriguez

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