2012: une année faste pour Marine Le Pen

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2012, ANNÉE FASTE POUR MARINE LE PEN
2012, ANNÉE FASTE POUR MARINE LE PEN

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Marine Le Pen s'est imposée en 2012 comme un acteur incontournable de la vie politique française, même si elle n'est pas parvenue à briser le "plafond de verre" lui permettant d'aspirer au pouvoir, un objectif qu'elle revendique crânement.

La présidente du Front national, qui a succédé à Jean-Marie Le Pen en janvier 2011, a en effet permis au FN de s'affirmer comme la troisième force politique française, en corrigeant l'image extrémiste portée par son père.

"Indéniablement, elle sort renforcée de l'année 2012", souligne Damien Philippot, de l'Ifop.

"Son score à la présidentielle (près de 18%, un record pour le FN également en nombre de voix), le bon niveau atteint par son parti aux législatives et le retour, même modeste, du FN à l'Assemblée sont des indicateurs électoraux qui traduisent une dynamique positive sur le long terme", ajoute-t-il.

Marine Le Pen est également parvenue à jouer de son influence sur le positionnement de ses concurrents, poussant Nicolas Sarkozy à radicaliser ses positions en légitimant ainsi certaines thèses du FN.

Au chapitre des déceptions, figurent sans doute les législatives à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), où elle a été battue sur le fil (118 voix) par le candidat socialiste, sans parvenir à faire invalider le scrutin.

Mais en terme de popularité, Marine Le Pen finit l'année à 37% de bonnes opinions (selon le baromètre Ifop Paris-Match de décembre), proche de son record atteint en juillet 2012 (39%).

Les intentions de vote présidentielles réalisées en octobre 2012 par le même institut la mettent à 19,5%, un score supérieur à celui de la dernière élection.

Surtout, Marine Le Pen devance certaines personnalités de droite, dont le président proclamé de l'UMP Jean-François Copé.

À LA RECHERCHE D'ALLIÉS

C'est donc une dirigeante rayonnante qui a fêté courant décembre les 40 ans du FN lors d'une soirée de gala parisienne animée par les Forbans, un groupe de rock français populaire dans les années 1980.

"C'est une femme, elle est plus jeune, et elle doit avoir plus de talent que moi", a dit à cette occasion Jean-Marie Le Pen, pour qui sa fille "correspond mieux à l'état de notre civilisation".

Marine Le Pen a montré le même entrain le 18 décembre lors d'une visite au marché de Noël des Champs-Elysées, à Paris, où des forains ont souligné qu'elle était la seule personnalité politique à avoir répondu à leur invitation.

La dirigeante du FN en a profité pour faire du patin à glace en compagnie de son vice-président, Florian Philippot, mais sans perdre de vue l'objectif des élections municipales de 2014.

Selon elle, Jean-François Copé et l'ex-Premier ministre François Fillon sortent "perdants" de leur bataille pour la présidence de l'UMP et la crise ne pourra que perdurer jusqu'aux nouvelles élections, prévues en septembre.

"Ils ont choisi la pire des solutions", a-t-elle insisté devant les journalistes.

Marine Le Pen mise de longue date sur une implosion de l'UMP, désormais privée de Nicolas Sarkozy, pour permettre à son parti de franchir un nouveau palier.

Toutefois, les trois élections législatives partielles de dimanche dernier ont montré les limites de sa prétention à incarner la principale force d'opposition à la gauche.

"Non pas que les candidats frontistes soient terrassés", explique Jean-Yves Camus, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

"Mais, malgré ses divisions, c'est bien l'UMP qui s'affirme comme fer de lance de l'opposition et elle le restera tant qu'elle n'aura pas définitivement, clairement, implosé sur des bases idéologiques".

Pour Damien Philippot, "les limites de la progression de l'influence de Marine Le Pen résident dans un 'plafond de verre' qu'elle et son parti ont du mal à dépasser lors des élections à deux tours".

"On l'a vu aux législatives, où la présidente du FN elle-même a été tenue en échec. Les deux seuls élus à l'Assemblée l'ont été grâce à des triangulaires. Dans le système électoral français, il est difficile pour le parti de Marine Le Pen de réussir à s'imposer sans alliés", ajoute-t-il.

Consciente de l'enjeu, Marine Le Pen s'est approprié la thématique républicaine et laïciste et a lancé lors de la présidentielle un "Rassemblement bleu marine" avec des souverainistes de droite et de gauche.

La plupart des analystes doutent cependant que la dirigeante du FN puisse attirer des cadres et des personnalités de poids sans revoir les fondamentaux de son parti, comme la "préférence nationale".

Le FN "souffre toujours d'un déficit de crédibilité gouvernementale, d'une mauvaise image liée à son ancrage historique à l'extrême droite et d'un déficit de cadres locaux qui pèsera lourd lors des municipales de 2014", dit Jean-Yves Camus.

Pour Damien Philippot, sa stratégie de "dédiabolisation" a "pour partie fonctionné auprès des Français, mais beaucoup moins au niveau des élites intellectuelles".

Edité par Yves Clarisse

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