2012: majorité et opposition fragilisées au Parlement

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MAJORITÉ ET OPPOSITION FRAGILISÉES AU PARLEMENT
MAJORITÉ ET OPPOSITION FRAGILISÉES AU PARLEMENT

par Emile Picy

PARIS (Reuters) - Six mois après la victoire de la gauche à l'Assemblée nationale, majorité et opposition apparaissent plus que jamais divisées et fragilisées en France, un problème potentiel pour l'adoption des mesures difficiles par le Parlement en 2013.

Oubliée "la gauche plurielle" des années 1997-2002 où le respect de la discipline unitaire primait, à quelques exceptions près. La majorité de 2012, incapable de rester unie, s'est émiettée pour constituer quatre groupes à l'Assemblée.

Sur les bancs : les 296 membres du groupe PS et apparentés, qui détient à lui seul la majorité absolue, les 16 élus radicaux de gauche, les 17 écologistes et les 15 élus du Front de gauche.

Une cohabitation plus d'épines que de roses.

Les députés du Front de gauche ont été les premiers à ouvrir les hostilités en votant, dès la rentrée de septembre, contre le texte autorisant la ratification du traité budgétaire européen.

Le groupe écologiste et quelques élus de l'aile gauche du PS avaient eux aussi voté contre malgré l'appel pressant de l'exécutif. Au Sénat, c'est le vote positif de la droite et du centre qui a permis l'adoption du texte de ratification.

Le Front de gauche a poursuivi la fronde en votant contre un texte socialiste sur la tarification de l'énergie puis contre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2013 et en s'abstenant sur le projet de loi de finances (PLF) pour 2013.

Les parlementaires Front de gauche ont également dit "non" au texte du ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, sur la retenue des sans-papiers. Les écologistes avaient choisi de s'abstenir.

Même les radicaux de gauche, d'ordinaire discrets, n'hésitent plus à faire entendre leur voix. Leur président, Roger-Gérard Schwartzenberg, a critiqué le collectif budgétaire 2012, selon lui "rédigé à la hâte et débattu à la sauvette".

ET SOUDAIN NAQUIT LE "R-UMP"

La situation est plus critique au Sénat où la gauche dispose depuis septembre 2011 d'une étroite majorité toute théorique.

Du fait de l'abstention ou du vote "contre" des élus Front de gauche, le PLFSS et le PLF 2013 ont été systématiquement rejetés. Et les trublions écologistes n'hésitent pas non plus à s'abstenir, voire à voter contre certaines mesures.

"C'est bien légitime que l'on vote contre les articles qui ne nous plaisent pas mais nous avons approuvé le 'collectif' par solidarité gouvernementale", explique Jean-Vincent Placé, le président du groupe EELV.

La division mine aussi la droite et le centre, désormais condamnés aux bancs de l'opposition après une litanie de défaites électorales.

Là encore, le "puzzle" parlementaire est multiple et mouvant.

Le groupe de l'Union des démocrates et des indépendants (UDI, centriste), créé par Jean-Louis Borloo, qui a réussi à attirer quelques rares élus UMP, est un rassemblement hétéroclite de radicaux de droite, d'élus du Nouveau Centre, comme Hervé Morin, d'ex-Nouveau Centre, comme Jean-Christophe Lagarde, et d'élus divers droite d'Outre-mer.

Au sein de la haute assemblée, les élus des différentes chapelles centristes, y compris les proches de François Bayrou, le président du MoDem, parviennent à cohabiter sans heurts.

C'est au parti de l'ex-président Nicolas Sarkozy, censé réunifier les droites à sa création en 2002, que l'on doit cette année une anicroche historique.

Du combat fratricide entre Jean-François Copé et François Fillon, tous deux députés, pour la présidence de l'UMP est né le "R-UMP", un groupe dissident formé à l'initiative de l'ancien Premier ministre pour faire pression sur son rival, dont il contestait l'élection le 18 novembre.

Soixante-treize députés "fillonistes" ont ainsi fait "chambre à part" dans "la maison commune". La sagesse l'avait emporté au Sénat où les représentants de l'UMP, pourtant majoritairement favorables à François Fillon, avaient choisi de ne pas faire sécession.

LE TEST DU "MARIAGE POUR TOUS"

Jamais dans l'histoire parlementaire un groupe ne s'était ainsi divisé en cours de législature. Pour la première fois depuis 1962, sept groupes siégeaient en cette fin d'année électorale au Palais-Bourbon.

L'accord conclu au forceps par les frères ennemis Copé et Fillon le 17 décembre a scellé théoriquement la disparition du "Rassemblement-UMP", qui sera dissous d'ici au 15 janvier dès l'installation d'une direction paritaire à la tête de l'UMP.

"On dit que le ridicule ne tue pas, j'aimerais en être sûr", avait lâché, exaspéré, l'ancien ministre et député de l'Aisne, Xavier Bertrand, fin novembre.

De fait, la campagne qui s'engagera à l'été 2013 pour une nouvelle élection à la présidence de l'UMP, en septembre, risque de semer à nouveau la discorde.

Les deux élus Front national et l'ex-FN Jacques Bompard observent le spectacle d'un oeil amusé et interviennent sur certains sujets, comme l'immigration, avec la bienveillance d'élus de l'aile droitière de l'UMP, "La Droite populaire".

A l'Assemblée comme au Sénat, la fragilité tant de la majorité que de l'opposition est frappante et menace de s'accentuer en 2013 avec l'examen de textes controversés comme le projet de loi relatif au "mariage pour tous".

Si la droite et le centre sont majoritairement contre, plusieurs voix défendent la réforme, comme Jean-Louis Borloo.

Quant aux élus socialistes, qui plébiscitent le mariage homosexuel, ils sont plusieurs à critiquer l'amendement que le groupe a décidé de déposer pour élargir l'assistance à la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes.

Les députés Front de gauche sont également hostiles à cet amendement et préfèrent qu'il soit déposé dans le cadre d'une loi bioéthique. Leurs collègues "chevènementistes" s'interrogent.

"Il faut plutôt des réformes sociales et fiscales que des réformes sociétales qui brouillent", a averti le député apparenté PS Jean-Luc Laurent, par ailleurs président du Mouvement républicain et citoyen (MRC, "chevènementiste").

Mais les majorités risquent d'être encore plus difficiles à trouver lorsqu'il s'agira de prendre des décisions difficiles sur les réformes, comme celle des régimes de retraite qui pointe à nouveau à l'horizon, ou la réduction des dépenses publiques rendue nécessaire par l'assainissement budgétaire.

Edité par Sophie Louet et Yves Clarisse

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