2012: la zone euro a évité le pire, reste des promesses à tenir

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LA ZONE EURO A ÉVITÉ LE PIRE EN 2012
LA ZONE EURO A ÉVITÉ LE PIRE EN 2012

par Nicolas Delame et Marc Joanny

PARIS (Reuters) - La zone euro a évité le pire cette année, les gages de cohésion donnés par ses dirigeants lui permettant de conjurer l'implosion et la défiance des investisseurs mais elle aborde 2013 avec des promesses à tenir sur fond de récession et d'échéances électorales à risque.

La Banque centrale européenne (BCE), sous l'impulsion de son nouveau président, Mario Draghi, a su trouver les moyens d'entretenir une ambition européenne mise à mal par quatre ans de crise.

Confrontée à la fragmentation des systèmes bancaires du bloc et au risque de paralysie des circuits de financement, la BCE a d'abord paré au plus pressé injectant plus de 1.000 milliards d'euros de liquidités en deux opérations de refinancement à long terme (LTRO) sans calmer durablement les doutes.

La restructuration de la dette grecque, contrepartie d'un deuxième plan d'aide de 130 milliards d'euros, s'est révélée coûteuse pour les créanciers privés qui se sont dès lors défié des autres débiteurs souverains considérés comme fragiles, Espagne et Italie en tête.

Les investisseurs se sont aussi alarmés de la dynamique récessionniste de mesures d'austérité censées assainir les comptes publics mais qui plongeaient les économies concernées dans la récession, minant leur cohésion sociale sur fond d'explosion, du chômage, de paupérisation et de grèves générales à répétition.

La zone euro a ainsi renoué avec la récession au troisième trimestre, pour la deuxième fois en moins de quatre ans, et les prévisionnistes s'attendent à une poursuite de la contraction de l'activité, bien qu'à un rythme atténué, au moins jusqu'au printemps.

Enfin, le cercle vicieux entre dettes bancaires et dettes souveraines après avoir acculé l'Irlande, la Grèce et le Portugal à faire appel à l'aide internationale, s'enclenchait en Espagne avec des banques plombées par la montée des créances douteuses et la chute des prix de l'immobilier.

ARME DE DISSUASION ILLIMITÉE

A l'été, l'envolée des coûts de financement de Madrid - et, par contagion, de Rome - menaçait l'intégrité de la zone euro, les mécanismes de solidarité financière mis en place par ses dirigeants, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et son successeur le Mécanisme européen de stabilité (MES), s'avérant insuffisants pour faire face à une éventuelle demande d'assistance de l'un ou l'autre pays, a fortiori des deux.

Mario Draghi a cette fois trouvé la parade moins dans le bilan de la BCE que dans le ton d'un discours que des marchés désorientés ne demandaient qu'à entendre.

"La BCE est prête à faire tout ce qu'il faudra pour préserver l'euro. Et croyez-moi, ce sera suffisant", a-t-il déclaré fin juillet.

Il a donné corps à cet engagement après la trêve estivale sous la forme des opérations monétaires sur titres (OMT) qui autorisent la BCE à racheter "sans aucune limite quantitative" sur le marché secondaire des obligations souveraines à court terme de pays ayant sollicité l'aide de leurs partenaires.

Avec cette "arme de dissuasion illimitée", Mario Draghi a donné le coup d'envoi d'une détente spectaculaire sur les marchés et d'un retour en grâce de l'euro, qui ne se sont pas démentis depuis.

Parallèlement, les dirigeants de la zone euro ont manifesté leur volonté de discipline collective en avançant sur la ratification du traité budgétaire européen et la mise en place du MES.

Ils sont aussi parvenus à convaincre le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, de la nécessité d'accepter une aide d'environ 40 milliards d'euros pour renflouer son système bancaire.

Ils ont enfin trouvé un compromis sur la supervision bancaire unique, premier pas vers une union bancaire, seule à même de rompre le lien délétère entre dettes bancaires et dettes souveraines.

LA FRANCE EN PREMIÈRE LIGNE ?

Les efforts d'assainissement commencent à porter leurs fruits dans plusieurs pays - l'Italie, l'Espagne mais aussi l'Irlande et le Portugal - où la baisse des coûts salariaux a favorisé un redressement des comptes extérieurs et où l'orientation des politiques budgétaires peut désormais être un peu moins restrictive.

L'Allemagne, chantre de la discipline budgétaire, a d'ailleurs assoupli sa position en acceptant un report des objectifs d'assainissement des comptes publics de certains pays, davantage sous la menace d'une contraction de l'activité qui commençait à rattraper sa propre économie que sous la pression revendiquée de Paris.

De son côté, la France, dont le nouveau président, François Hollande, avait fait campagne sur un rééquilibrage des priorités européennes en plaidant pour une relance de la croissance, n'a guère obtenu gain de cause.

Elle a en revanche réaffirmé ses engagements de réduction de ses déficits publics, ouvert des négociations sur la réforme du travail et des retraites et lancé un pacte de compétitivité dont la mesure phare se traduira par un allègement de 20 milliards d'euros pour les entreprises.

En dépit de ces avancées, les facteurs de risque ne manquent pas. Le dispositif de soutien au financement des Etats annoncés par la BCE n'est pas activé, Madrid ne cachant pas ses réticences à y faire appel.

L'union bancaire promise pour 2013 s'éloigne dans le temps comme de son dessein fédéral initial. La mise en oeuvre de la supervision bancaire unique a été renvoyée à 2014 tandis que la BCE n'exercera une surveillance directe que sur les quelque 200 plus grandes banques européennes.

SCRUTINS À RISQUE

Les débats sur les deux volets critiques de l'union bancaire que sont les mécanismes de résolution des crises bancaires et la garantie commune des dépôts occuperont une bonne partie de l'année prochaine.

La perspective d'une reprise graduelle courant 2013 au sein de la zone euro à la faveur de l'apaisement des tensions financières n'incite pas à approfondir le jeu collectif, en particulier sur le plan de l'union budgétaire, dont la crise a pourtant montré quelle était le nécessaire pendant de l'union monétaire.

Si les dirigeants de la zone euro peinent à parler d'une seule voix, c'est aussi parce que beaucoup ont à l'esprit les prochaines échéances électorales. Et que leurs craintes sont justifiées: depuis le début de la crise, les dirigeants politiques européens au pouvoir ont tous, ou presque, été balayés lors des élections générales.

Au menu électoral de l'année 2013 figurent deux scrutins majeurs, l'un en Italie en février, l'autre en Allemagne en septembre.

A Rome, la perspective d'un retour aux affaires de Silvio Berlusconi, devenu un repoussoir pour les investisseurs, a poussé les dirigeants européens à serrer les rangs autour de Mario Monti.

En Allemagne, Angela Merkel, dont la popularité est au plus haut, peut compter sur un bon score pour son parti, la CDU (Union chrétienne démocrate). Mais la question de celui de ses alliés libéraux du FDP est posée et le risque est grand que leur défaite oblige la chancelière à trouver de nouveaux partenaires pour rester au pouvoir.

Au-delà de ces enjeux électoraux, la capacité de la France à respecter ses engagements et à amplifier les réformes structurelles pourrait aussi s'avérer critique.

Alors que Paris est le deuxième garant des mécanismes européens de solidarité financière derrière Berlin, deux des grandes agences internationale de notation - Standard & Poor's et Moody's - ont dégradé sa signature, la privant du triple A, leur meilleure note et laissant la porte ouverte à un nouvel abaissement.

La troisième, Fitch, a certes maintenu son triple mais en l'assortissant d'une perspective négative et d'une mise en garde sur la nécessaire poursuite des réformes.

Si la BCE et les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro ont donné en 2012 suffisamment de gages pour faire reculer la défiance des investisseurs, ces derniers ne se nourriront sans doute plus de promesses en 2013.

Marc Joanny avec Nicolas Delame

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