2012: la droite française, enfer ou purgatoire ?

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UNE DROITE DÉBOUSSOLÉE DEPUIS LA DÉFAITE DE NICOLAS SARKOZY
UNE DROITE DÉBOUSSOLÉE DEPUIS LA DÉFAITE DE NICOLAS SARKOZY

par Emmanuel Jarry et Sophie Louet

PARIS (Reuters) - La défaite de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle laisse en 2012 une droite déboussolée et sans chef, dont le principal parti a offert le spectacle d'une guerre dévastatrice qui augure d'un avenir tempétueux.

L'UMP, créée il y a dix ans par Jacques Chirac pour réunifier les droites, achève l'année en lambeaux après une lutte fratricide entre Jean-François Copé et François Fillon pour sa présidence.

Un mois d'invectives, d'accusations, de chausse-trapes : le désormais premier parti d'opposition de France s'est plié dans la douleur à l'apprentissage de la démocratie interne, au désespoir de ses élus et militants et au soulagement de la majorité qui n'aurait jamais imaginé pareille diversion.

Le duel entre Jean-François Copé, sarkozyste de la dernière heure et l'ancien Premier ministre François Fillon, qui ambitionne de succéder à Nicolas Sarkozy à l'Elysée, a révélé une fracture idéologique à droite et la nécessité d'un aggiornamento face au Front national.

Tenant du "gaullisme social", d'une droite rassembleuse jusqu'au centre-gauche, François Fillon, porté par une popularité au long cours, pensait sa victoire acquise à l'élection du 18 novembre face au "bad boy" Jean-François Copé.

Le député-maire de Meaux, qui s'est présenté comme l'héritier putatif de Nicolas Sarkozy et a promis de s'effacer si ce dernier retente l'aventure présidentielle en 2017, a mené une campagne aux franges des thèmes du FN.

Il a suscité la controverse en abordant, notamment, les dérives présumées du communautarisme sous l'angle du "pain au chocolat" proscrit en période de ramadan.

L'"outsider" l'a finalement emporté d'une poignée de voix, un résultat contesté par François Fillon, qui a accusé son adversaire de fraude et a menacé de saisir la justice.

La crise s'est dénouée au fil d'ultimatums, de pressions, de médiations avortées et de tête-à-tête contraints. Les militants revoteront finalement en septembre 2013.

"Il n'y a que des perdants" dans ce psychodrame, a résumé Henri Guaino, l'ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.

"TOUT EST À REBÂTIR"

L'image de Jean-François Copé et François Fillon est écornée et il leur faudra du temps pour restaurer leur crédit auprès de l'opinion et des militants. Nicolas Sarkozy, qui a pressé sans succès les ennemis intimes de s'entendre, a vu aussi son autorité entamée.

"Si ce n'est pas l'enfer, on n'en est pas loin", commente le sénateur UMP Hugues Portelli. "La droite a perdu toutes les élections, mêmes les élections internes. Tout est à rebâtir."

"Le point de départ de tout ça est le fait que Nicolas Sarkozy a mené une campagne très droitière et que c'est un très mauvais DRH", estime cet universitaire et analyste politique.

Tout au long des quatre premiers mois de l'année, Nicolas Sarkozy avait désespérément tenté de faire mentir les sondages, courant derrière son rival socialiste François Hollande.

Il part avec un lourd handicap : une impopularité creusée dès la première année de son quinquennat, l'impact de la crise économique et financière, une dernière salve de mesures incomprises, comme l'annonce d'une hausse de 1,6 point de la TVA pour financer un allègement des cotisations patronales - qui sera abrogée par son successeur avant d'entrer en vigueur.

Puis il mène une campagne commando, souvent au parfum d'improvisation, sur des thèmes inspirés par un ex-journaliste de la droite maurassienne et nationaliste, Patrick Buisson, quitte à inquiéter les plus modérés de la majorité d'alors.

Il pourfend les "corps intermédiaires" et l'assistanat, promet des référendums sur des sujets comme la formation des chômeurs ou le contrôle de l'immigration.

Il se perd dans des polémiques secondaires, par exemple sur la viande halal, se pose en victime d'un "système médiatique" accusé de lui intenter des "procès staliniens", multiplie les appels à la "France silencieuse".

La traque de Mohamed Merah, assassin de trois soldats, de trois enfants juifs et d'un rabbin, abattu le 22 mars, lui fait brièvement réendosser le costume de président mais n'a en fin de compte que peu d'impact sur le comportement des électeurs.

Pourtant, parti tardivement en campagne - "trop tard", diront même certains de ses proches - Nicolas Sarkozy perd l'élection avec un retard moins important que celui que lui prédisaient les sondages.

"UMP D'EN BAS" CONTRE "UMP D'EN HAUT"

Il confirme néanmoins sa décision de se retirer de la politique active en cas de défaite. L'UMP livrera - et perdra - sans lui la bataille des législatives : le parti perd un tiers de ses députés et les ressources qui vont avec.

La campagne interne et l'élection pour la présidence du parti a définitivement plongé les militants dans le désarroi.

Au point que nombre d'entre eux réclament le retour de Nicolas Sarkozy en sauveur.

"Les militants sont massivement sarkozystes, c'est plus que de la nostalgie. Ils ont une revanche à prendre, il y a des combats à mener", souligne un proche de l'ancien président. "Nicolas a été tellement présent qu'il n'y a pas eu l'émergence d'une génération Sarkozy, c'est dommage", ajoute-t-il.

Des élus et responsables de l'UMP veulent voir dans le succès, en cette fin 2012, des candidats UMP dans trois législatives partielles les germes d'une possible renaissance face à un pouvoir socialiste impopulaire.

Le député chiraquien François Baroin résume l'enjeu d'une maxime gaulliste : "Comme les loups, les gaullistes se déchirent entre eux mais chassent en meute."

"On peut parler d'une crise majeure symptomatique de la coupure entre les Français et les appareils politiques" mais ces partielles "montrent que l'UMP d'en bas se porte mieux que l'UMP d'en haut", juge Pascal Perrineau, du Centre de recherche de l'Institut de sciences politiques de Paris, le Cevipof.

Pour ce politologue, 2012 restera cependant pour l'UMP l'année d'un "gâchis absolument incroyable".

"L'opinion était en train de les remettre en selle deux mois après l'arrivée de la gauche au pouvoir. Un boulevard s'ouvrait devant eux, ils l'ont transformé en étroite ruelle."

Le FN annonce la mort de l'UMP et se verrait bien en principal parti d'opposition. L'Union des démocrates indépendants (UDI) de Jean-Louis Borloo rêve de rallier tous ceux que hérissent la "droite décomplexée" de Jean-François Copé.

Une place laissée par François Bayrou, qui a franchi le Rubicon entre les deux tours de la présidentielle en annonçant qu'il voterait pour François Hollande au second, et dont le MoDem a été laminé aux législatives de juin.

Pour Hugues Portelli, la question de la recomposition de la droite demeure et "mérite une vraie réflexion stratégique".

"2012, c'est un an de perdu pour la droite", estime-il, avant d'ajouter : "Mais pour la gauche aussi".

Edité par Yves Clarisse

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