2012, année des choix pour la banque d'investissement

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LA BANQUE D'INVESTISSEMENT À L'HEURE DES CHOIX
LA BANQUE D'INVESTISSEMENT À L'HEURE DES CHOIX

par Sarah White

LONDRES (Reuters) - Les spécialistes de la banque d'investissement devront mobiliser d'autres ressources que le flair qu'on leur prête habituellement pour faire mieux que la concurrence cette année.

Confrontés au durcissement de la réglementation, à la raréfaction des capitaux et à la dégradation de la conjoncture économique, les banques s'efforcent de conserver leurs positions de premier plan dans chaque secteur, faute de quoi elles risquent de se trouver contraintes à des révisions stratégiques douloureuses et à des plans d'économies drastiques.

Certaines, comme Royal Bank of Scotland, contrôlée par l'Etat britannique, ont déjà renoncé à leurs ambitions mondiales dans le marché de la banque d'investissement. Et de tels abandons pourraient bien se multiplier au cours des prochains mois.

"Alors qu'on comptait 20 groupes qui visaient le 'top five' de la banque d'investissement, on n'en compte plus que 10 à 12 environ", constate Peter Hahn, de la Cass Business School.

Six mois de baisse des revenus de trading conjugués au niveau élevé des coûts ont déjà conduit certains grands noms du secteur, y compris américains, à supprimer des emplois et à fermer des activités aux performances décevantes.

Du suisse UBS, affaibli par les pertes d'un trader indélicat, à l'allemand Deutsche Bank, numéro un du conseil en fusions-acquisitions l'an dernier, tous les acteurs du secteur revoient leur portefeuille d'activité pour en assurer la viabilité.

"LA FIERTÉ PÈSE LOURD"

A titre d'exemple, les nouvelles règles qui rendent le trading obligataire plus gourmand en capitaux vont forcer certains intervenants de second plan à revoir leurs ambitions à la baisse dans ce domaine.

C'est déjà le cas pour UBS et son concurrent suisse Credit Suisse, qui ont réduit leur exposition au risque sur ce segment.

Mais rares sont ceux qui, à l'instar de RBS, ont opté pour un repli généralisé du marché de la banque d'investissement.

La plupart s'efforcent de conserver leurs positions sur autant de fronts que possible, de peur de se priver d'un retour à meilleure fortune lorsque la reprise arrivera.

"La fierté pèse lourd", explique Matthew Czepliewicz, analyste spécialisé de Collins Stewart.

Couper dans les activités les moins rentables peut s'avérer risqué car certaines d'entre elles, comme le prêt aux grandes entreprises, servent souvent de produit d'appel pour attirer les grands comptes vers des missions plus lucratives.

"A moins d'avoir un fusil sur la tempe, il est difficile de rompre certaines relations", dit un banquier spécialiste de la dette à Londres. "Vendre des actifs, c'est facile, mais quand on tranche dans (...) le vif des activités, cela devient très douloureux."

Mais cette réticence pourrait ne pas résister à des pressions de plus en plus fortes, qu'il s'agisse de celles créées par la crise de la dette ou des exigences des régulateurs. D'autant que les dirigeants politiques pourraient forcer certaines décisions de peur d'avoir à renflouer des banques, comme ce fut le cas en 2008.

Les revenus de banque d'investissement ont reculé de 6% à l'échelle mondiale l'an dernier, selon les données Thomson Reuters, et ce ralentissement s'est accentué au quatrième trimestre. Une étude de Morgan Stanley estime que ce marché devrait baisser de 5% à 15% supplémentaires cette année.

Les banques américaines conservent une avance solide, qui pourrait les favoriser cette année face aux européennes, estime Matthew Czepliewicz.

DES COUPES PARFOIS RISQUÉES

Lui et d'autres analystes citent Barclays Capital (filiale de Barclays) parmi les groupes européens les mieux placés, grâce entre autres à sa forte présence hors de la zone euro et à sa réputation sur le marché de la dette.

Deutsche Bank, grand nom du trading, pourrait lui aussi profiter de sa taille.

Pour les groupes contraints de tailler dans certaines activités, les choix risquent d'être difficiles.

"Il faudra regarder les domaines dans lesquels ils sont classés numéro trois, quatre, cinq ou six, et à moins d'être dans le haut du classement, (il faudra envisager) un retrait, sinon la rentabilité risque de ne pas couvrir le coût du capital", explique Brian Scott-Quinn, de l'ICMA, division spécialisée de la Henley Business School.

Les banques devront toutefois veiller à préserver les activités les plus aptes à générer des revenus, comme le conseil en fusions-acquisitions ou les émissions obligataires, et certaines des activités connexes susceptibles de leur rapporter des mandats, comme les prêts, les plates-formes de transactions ou les produits dérivés.

Conseiller un émetteur obligataire sans lui assurer une présence sur le marché secondaire peut ainsi être difficile.

Le trading actions, parallèlement, exige moins de capitaux selon les nouvelles règles en vigueur, ce qui en fait une activité potentiellement intéressante, même si la faiblesse des marges sur ce segment exige des volumes importants.

"Choisir un modèle qui s'appuie sur les actions est une bonne idée mais si tout le monde a la même au même moment, ça se complique", résume un responsable européen du trading actions.

Cette concurrence, qui pèse aussi sur les commissions et les marges, constitue une menace de plus pour une année qui n'en manque pas.

Marc Angrand pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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