" 2010 sera l'année des actions"

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(NEWSManagers.com) - RACHID MEDJAOUI, DIRECTEUR DE LA GESTION TACTIQUE DE L'ALLOCATION D'ACTIFS DE LA BANQUE POSTALE ASSET MANAGEMENT (LBPAM)

Plutôt confiant pour l'année en cours, Rachid Medjaoui mise notamment sur les actions émergentes. Il se montre plus prudent sur les perspectives de croissance en 2011 et 2012. Les encours de La Banque Postale Asset Management s'élevaient fin janvier à plus de 120 milliards d'euros, dont un peu plus de 70% en obligations et 11% en actions.


NewsManagers : Vous êtes responsable de la gestion tactique de l'allocation d'actifs. Pourquoi avoir créé un tel département ?
Rachid Medjaoui : Depuis un peu plus de trois ans, nous avons en effet décidé de mettre en place une équipe dédiée à la gestion tactique. C'est-à-dire qu'à côté des trois équipes de gestion spécialisées dans la sélection de titres, la sélection d'obligations privées et souveraines et la multigestion, il nous a paru nécessaire de constituer une 4ème équipe de gérants pour mettre en place des stratégies globales couvrant l'ensemble des portefeuilles. Avec un double objectif : gérer l'exposition globale des différents fonds, construire et gérer des portefeuilles diversifiés en faisant appel au plus grand nombre de classes d'actifs. Nous avons donc d'une part l'approche bottom up avec la sélection de titres, d'autre part l'approche top down indispensable dans un univers de marchés de plus en plus complexes et globalisés.

NM : Quel est votre scénario central pour 2010 ?
R. M. : Selon nous, la croissance dans les pays développés sera bien au rendez-vous mais elle sera faible et la reprise très graduelle. Du côté des pays émergents en revanche, la croissance sera toujours très dynamique.

NM : La conjoncture reste très fragile dans la zone euro. Ne risque-t-on pas une période prolongée de stagnation ?
R.M. : La prudence reste de mise bien entendu mais, en Europe, nous sommes globalement confiants et attendons plutôt de bonnes surprises que de mauvaises. Regardez les indicateurs avancés, notamment l' indice Ifo qui pourrait bien constituer un signal d' accélération de la croissance au-dessus de 1,5 %. Un autre élément doit aussi être pris en compte : le plan de relance américain qui sera mis en ?uvre pour l' essentiel en 2010. Si bien que l' on pourrait assister à une décrue du chômage américain plus tôt que prévu. Les incertitudes sur la croissance ne sont pas si grandes pour 2010, mais elles le sont davantage pour 2011 et 2012.

NM : Le débat inflation vs déflation vous semble derrière nous?
R.M. : En dehors des pays émergents, nous ne voyons pas de risque d' inflation. Il reste que dans les pays développés, si la stratégie de relance ne fonctionne pas comme prévu, les Etats pourraient être tentés de desserrer le fardeau de la dette. Mais cela ne se décrète pas. Des économistes du NBER ont toutefois montré empiriquement que lorsque la dette dépasse la barre des 90 % du PIB, l' inflation peut passer dans la zone des 6 % à 7 %. Le risque de déflation n' est pas nul non plus avec la poursuite du désendettement mais ce n' est certainement pas le scénario privilégié. Historiquement, les divergences des économistes dans le débat déflation ou inflation n' ont jamais été aussi marquées alors que les écarts de point de vue étaient plutôt stables depuis une quinzaine d' années. Autrement dit, la probabilité de rupture à la hausse ou à la baisse n' a jamais été aussi élevée.

NM : Dans ce contexte instable, quelles sont vos stratégies pour 2010 ?
R.M. : L' année 2010 devrait être l' année des actions. A la différence de l'an dernier, 2010 devrait être une année sans doute moins heurtée et cette classe d'actifs sera la seule capable d'offrir des perspectives de performance à deux chiffres. Les restructurations et les nettoyages de bilan des entreprises ont été tels que les bénéfices par action seront plus qu'acceptables même si la croissance devait rester faible. Nous sommes surpondérés sur les actions émergentes. Dans les pays développés, nous privilégions les Etats-Unis et plutôt les secteurs défensifs.

NM : Allez-vous privilégier d'autres classes d'actifs ? R.M. : Une autre classe d'actifs sur laquelle nous sommes plutôt confiants sont les matières premières qui devraient durablement s'orienter à la hausse compte tenu des besoins des marchés émergents, ne serait-ce qu'en termes d'urbanisation. Dans cette perspective, nous regardons en priorité l'énergie et les métaux industriels. Deux autres raisons plaident pour les matières premières : elles présentent un caractère protecteur contre l'éventualité d'un dérapage inflationniste et elles offrent une certaine sécurité par rapport aux craintes sur la pérennité de la croissance en 2011 et 2012.
NM : Estimez-vous que le potentiel de l'obligataire est épuisé ?
R. M. : Sur le crédit, je pense que les obligations privées ont encore un certain potentiel en 2010. Il reste quelques dizaines de points de spread pour revenir sur le niveau d'équilibre. Parmi les autres obligations, nous privilégions également les obligations indexées sur l'inflation car elles offrent une bonne protection contre un risque de retour de l'inflation plus fort que prévu. Il existe à mon avis une autre possibilité d'investissement intéressante avec les obligations émergentes. Alors que dans les pays développés, il y a, on le voit bien, un risque très réel de baisse de notation des Etats, on observe un phénomène tout à fait différent dans la zone émergente, une réévaluation structurelle qui va déboucher sur une révision à la hausse des ratings. C'est un mouvement de fond et on peut parallèlement profiter de la réévaluation inévitable des devises de ces pays en allant sur les marchés locaux.
NM : Justement, sur le change, comment voyez-vous par ailleurs l'évolution du dollar ?
R.M. : Nous sommes plutôt positifs sur l'évolution du dollar, surtout si la reprise de la croissance économique outre-Atlantique se confirme. Reste à savoir si la Réserve fédérale sera la première à relever ses taux. D'un autre côté, le statut de monnaie de réserve du dollar est de plus en plus contesté? En revanche, nous restons prudents sur la Livre Sterling en raison de la situation budgétaire très dégradée du Royaume-Uni dans un contexte où les prochaines élections risquent de déboucher sur une absence de majorité au Parlement.

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