20 ans après, Schäuble et Lamers pour un "noyau dur" européen

le
0

* La première proposition Schäuble-Lamers ignorée par la France * Les deux responsables conservateurs relancent leur offre PARIS, 1er septembre (Reuters) - Vingt ans après leur proposition de créer un "noyau dur" européen ignorée par Paris, le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble et Karl Lamers, un autre homme politique de la CDU, réitèrent leur appel dans un article publié lundi. En 1994, quelques mois après l'entrée en vigueur du traité de Maastricht qui prévoyait le lancement de la monnaie unique, les deux hommes estimaient qu'elle devait être complétée par une une union politique des pays du coeur de l'Europe. Leur proposition avait été accueillie par un silence assourdissant en France, où le président François Mitterrand était alors en cohabitation avec un Premier ministre de droite, Edouard Balladur, et les diplomates français reconnaissent aujourd'hui que cela avait été une occasion manquée. Wolgang Schäuble et Karl Lamers soulignent dans une tribune publiée lundi par le Financial Times que, faute d'une construction politique idoine, Paris et Berlin ont "sapé" le pacte de stabilité de l'euro en 2003 en s'affranchissant de ses disciplines et les autres pays ont suivi ce "mauvais exemple". "Nous savons tous ce qui est arrivé après cela", écrivent les deux hommes en référence à la crise de la zone euro qui a failli emporter la monnaie unique. Vingt ans après, Karl Lamers et Wolfgang Schäuble reprennent leur proposition de créer un noyau dur dans une Union européenne de plus en plus disparate, avec notamment un gouvernement britannique qui prévoit un référendum sur son appartenance à l'UE après avoir négocié le rapatriement de compétences. "Plus d'intégration est toujours un objectif pertinent pour l'Europe", écrivent-ils dans leur tribune. INSTRUMENTS IMPARFAITS ET INCOMPLETS L'Union se concentrerait sur quelques compétences - marché unique, commerce, marchés financiers, climat, environnement, énergie, politique étrangère, défis démographiques, libertés fondamentales, immigration - et, selon le principe de "subsidiarité", l'Europe laisserait aux Etats membres ou aux régions le soin d'agir là où ils sont plus efficaces. Les deux hommes estiment qu'il faudrait en outre revoir les institutions et, par exemple, doter un commissaire européen du pouvoir de rejeter les budgets nationaux qui ne respecteraient pas les règles et créer un "parlement de la zone euro" composé des députés européens des pays membres de la monnaie unique pour assurer la légitimité démocratiques des décisions. Mais ils se disent conscients du refus de la plupart des pays de transférer des compétences à l'échelon supranational. Il faut donc "continuer de faire progresser le projet européen en utilisant les instruments et institutions imparfaits et incomplets que nous avons" afin de doper la compétitivité et la croissance par le biais de finances saines, de réformes structurelles, de la lutte contre la concurrence fiscale déloyale et de l'approfondissement du marché unique. "Pour réaliser des progrès dans tous ces domaines, nous devrions continuer d'utiliser l'approche qui a prouvé son efficacité en 1994 : établir des noyaux durs de coopération à l'intérieur de l'UE qui permettent à des groupes plus petits de pays désireux de le faire d'aller de l'avant", concluent-ils. (Yves Clarisse, édité par Yann Le Guernigou)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant